Les mesures d’interdictions de la vente des boissons fortement alcoolisées restent sans succès!

Il est 8 heures 30 minutes à Bukavu, un policier se dispute une arme avec son collègue au niveau du rond-point Major Vangu, dans le quartier essence, l’un des quartiers populaires de la commune d’Ibanda. Un civil veut intervenir pour les départager, le policier tire sur le civil dans le ventre avec sa main gauche, la victime trouve la mort. Certains témoins sur place affirment que ces deux policiers consommaient la boisson fortement alcoolisée communément appelé Sapilo et étaient déjà ivres au point qu’ils ne savaient plus se contrôler. Il a été entendu par le tribunal militaire de garnison de Bukavu quelques jours après (Juillet 2014) que ce policier a été condamné pour 15 ans d’emprisonnement.Moins cher et apprécie par les jeunes

Cette boisson fortement alcoolisée dit «Sapilo» se vend et se consomme encore dans toutes les trois communes de Bukavu malgré les mesures d’interdictions prises par l’autorité urbaine .Cette boisson à forte teneur alcoolique vendue dans des bouteilles en plastiques contient plus de 40℅ d’alcool. Elle est souvent consommée par les jeunes dont l’âge varie entre 14 et 35 ans. Un samedi après-midi, nous sommes au niveau du marché beach Muhanzi, nous entrons dans un coin à l’entrée, il y a des petites maisons construites en bois qui se suivent, ce sont des bistrots et restaurants. Dans un bistrot, nous y trouvons environ une dizaine des jeunes qui fument la cigarette et d’autres consomment la boisson Sapilo. «Je prends la boisson Sapilo pour perdre les idées mais cette boisson me crée des problèmes entre ma femme et moi, quand je reviens à la maison en étant ivre, on se dispute tout le temps» confie un jeune homme d’une trentaine d’années. A côté de lui un jeune garçon ajoute« cette boisson Sapilo nous la consommons parce que nous l’apprécions, d’ailleurs ça coûte moins cher, avec 1000Fc j’ai une bouteille, et ça me fait plaisir» d’autres jeunes soulignent qu’ils prennent ces boissons par manque d’occupation et suite à une mauvaise compagnie. Prince K, un jeune de 22ans habitant à Igoki dans la commune de Kadutu témoigne avec amertume «je regrette d’avoir abandonné mes études en 5ième année secondaire à cause de cette boisson Sapilo, je m’enivrai tous les temps avec mes amis et j’utilisais même l’argent à payer les frais scolaires que mes parents me donnaient juste pour boire avec mes copains».

 Décision d’interdiction non respectée

Mais pourquoi l’arrêté de l’autorité urbaine ne se fait pas respecter? Jean Moreau Tubibu défenseur de droit de l’homme du groupe Jérémie pense qu’il y a un dysfonctionnement dans l’appareil sécuritaire et administratif à faire respecter les décisions prises «Le maire de la ville c’est comme si sa décision lui a échappée, il devait y avoir un contrôle rigoureux aux portes par lesquelles entrent ces boissons «Sapilo» ou bien ne fusse que le contrôle des maisons et des bistrots qui vendent ces boissons» ajoute avec insistance Jean Moreau Tubibu.

Des Vendeurs rencontrés affirment qu’en 2011 et 2012 après la sortie de l’arrêté de la mairie, ce n’était pas facile de faire parvenir la marchandise à Bukavu, mais en 2013 et cette année 2014 au niveau du port cela se passe sans problème, une vendeuse qui a n’a pas voulu être cité affirme ceci « je fais passer ma marchandise sans problème, je dois seulement donner un peu d’argent pour corrompre les services de contrôle au port et çà marche!»

Christian Wanduma coordonnateur provincial de l’ONG Bukavu force-vive’ une organisation qui lutte contre le banditisme et la criminalité souligne qu’il y a une légèreté et une faiblesse aux services qui sont censés mettre en application les décisions de l’autorité urbaine. Il ajoute que son organisation a déjà décriée les dégâts provoqués par la consommation de cette boisson comme des vols, des meurtres, des accidents de circulation routière etc.

Pour rappel, en mars 2011, une marche pacifique d’indignation a été organisée par les mamans de l’axe Chahi-panzi pour protester contre la vente, la consommation de la boisson fortement alcoolisée en ville car elles ont constataient que cette boisson accentuait la criminalité et le banditisme dans les quartiers. Malheureusement, elle continue à se consommer au vu et au su de tous. Contacté plusieurs fois le maire de la ville était injoignable, son chargé de communication monsieur Rodin Aochi considère cela d’une pure déviation. « Des tels cas des déviations, de gens qui ne comprennent pas la logique de la gouvernance, les services de sécurité s’en chargent et les sanctionnent conformément à la loi, je ne saurai pas dire pourquoi la décision ne se fait respecter et pourquoi les gens consomment ces boissons Sapilo». Ajoute le chargé de communication de la mairie.

«Un bon nombre des gens sont inquiétés, arrêtés et nous saisissons des stocks que nous mettons à la disposition de la justice, nous ne faisons que mettre en pratique l’arrêté du maire de la ville» fait savoir Emmanuel Cihenga commandant de la police d’investigation criminelle à Bukavu.

Entrée frauduleuse

Selon nos sources, ces boissons Sapilo proviennent de Kiwanja au Nord-Kivu et d’autres du Burundi. Celles qui sont visible actuellement à Bukavu viennent du Nord-Kivu et arrivent à Bukavu par bateaux ou par véhicules. Nos sources renseignent que ce sont les services de sécurités œuvrant au niveau du port et à la frontière qui facilitent l’entrée frauduleuse de ces boissons fortement alcoolisées et favorisent ainsi ce commerce illicite en acceptant secrètement des frais de fraudeurs.

« C’est regrettable car parfois nous saisissons des cartons de ces boissons «Sapilo» et ce sont certains conseillers du gouvernorat de province qui interviennent et nous disent de laisser tomber, comment voulez que ça change? » explique un haut gradé de la police à Bukavu qui a requis l’anonymat.

Les conséquences sanitaires

Dr Issa Pontiffe médecin chef de staff au centre psychiatrique Sosame affirme que des personnes présentant des problèmes psychiatriques provoqués par la consommation des boissons fortement alcoolisées ont été soignées par cette structure en 2013 et même cette année.

«Lorsque une personne devient dépendante des boissons fortement alcoolisées comme le sapilo elle peut avoir des problèmes au niveau du foie, de cirrhose hépatiques car ces substances agissent au niveau de neurones et provoquent des complications de psychose et de trouble de l’humeur, les soins sont difficiles et de longues durées» informe docteur Issa Pontiffe.

Pour sa part, Marie Marthe la coordinatrice de la qualité de soins et statistique de ce centre psychiatrique de Bukavu indique amèrement que le taux des jeunes toxicomanes est passé de 6 % en 2013 à 10 % depuis janvier à juin 2014. En attendant une mesure efficace de suivi de la décision de l’autorité urbaine, les consommateurs de cette boisson «Sapilo» restent exposés à des maladies et les habitants de Bukavu continueront à être victimes des abus causés par les jeunes qui une fois enivré troublent l’ordre public et s’attaquent parfois aux gens sans gênes.

Eliane POLEPOLE

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