Goma : Justice populaire, à qui la faute ?

Depuis le début de cette année, plusieurs cas de justice populaire ont été enregistrés dans la ville de Goma. Des présumés voleurs, bandits à mains armés et assassins ont été tabassés, voire même brulés vifs par des habitants en colère dans différents quartiers de Goma, notamment à NDOSHO, KATOY, BIRERE et MAJENGO ; les quartiers à haut niveau d’insécurité.La société civile de Goma estime que c’est l’inefficacité des institutions judiciaires à faire correctement son travail qui serait à la base de cette recrudescence de justice populaire à Goma. Bien que ne disposant pas des chiffres exacts sur les cas de justice populaire, la société civile en a dénombré une dizaine depuis le début de cette année 2014.

La population Gomatracienne ne fait plus confiance en la justice, ni même en la police qu’elle accuse de ne pas faire son travail et de relâcher, quelques heures après leur arrestation, les présumés voleurs et les semeurs de troubles que des habitants parviennent à maitriser. D’autres habitants accusent la police d’être de mèche avec les hommes qui les insécurisent dans leurs quartiers respectifs.

« Il suffit de rencontrer une patrouille policière la nuit et c’est fini. Les policiers nous ravissent nos téléphones et même nos porte-monnaie. Quand ceux qui sont censés nos sécuriser, nous insécurisent, comment faire appel à eux lorsque nous nous faisons agresser la nuit ? », Déclare une habitante du quartier Ndosho.

Pour Monsieur Kambale, un homme du quartier BIRERE, la justice populaire est un moyen pour la population de se rendre service. « Lorsque nous attrapons un voleur dans notre avenue et que nous le rendons à la police, quelques minutes plus tard, ce voleur est relâché. Alors, nous nous rendons justice pour montrer au gouvernement que leur système judiciaire est défaillant. »

Bien qu’interdit par la loi, les habitants sont de plus en plus nombreux à se rendre justice. Un voleur attrapé en flagrance dans un quartier est battu à mort. Certains d’entre eux sont brulés vifs, par des habitants en colère qui disent que c’est un moyen de décourager des voleurs potentiels.

Des innocents tabassés

Au cours de cette pratique, il arrive que des personnes innocentes soient battues injustement par des habitants. Bahati, un jeune d’une vingtaine d’année, avait été battu par des habitants qui l’avaient pris pour un voleur. « C’était aux environs de 22heures. Je me rendais à un deuil dans le quartier quand une dizaine des jeunes m’ont sauté dessus et ont commencé à me frapper. Sur le moment, je n’ai pas compris ce qui m’arrivait. Je les entendais juste crier « voleur, c’est le voleur » ! Je criais à mon tour pour leur dire qu’ils se trompaient, mais en vain. J’ai cru que j’allais mourir quand j’ai vu un homme apporté un bidon d’essence. Heureusement que des policiers sont venus et l’un d’eux m’ayant reconnu a demandé à ces jeunes de me relâché. C’est ainsi que j’ai été sauvé, bien que grièvement blessé. ».

Ce qui est arrivé à Bahati, n’est pas un cas isolé, malheureusement, il n’est pas toujours facile dans la confusion qui règne de savoir qui est réellement coupable. Surtout que nombreux sont ceux qui ne portent pas plainte.

Le système judiciaire accusé à tort ?

Se rendre justice est une infraction punissable par la loi, et ne devrait pas exister, affirme le Procureur de la République près parquet de Goma, Jean de Dieu ILUNGA KONGOLO. « La loi n’autorise de se faire justice qu’en cas de légitime défense. Se faire justice est une infraction et un habitant peut être accusé pour coups et blessures, voire même pour meurtre. », Explique le Procureur de la république.

Pour lui, le système judiciaire est accusé à tort, car la population est mal informée. « On accuse souvent le parquet de relâcher les voleurs et les bandits armés qui nous sont présentés. Mais dans certains cas, il n’y pas de preuve. Et quand il n’y a pas de preuve, nous ne pouvons que relâcher le présumé coupable. Lorsqu’il y a des preuves, nous envoyons le dossier au tribunal pour que la personne accusé soit jugée », précise le Procureur Jean de Dieu ILUNGA. Il estime que la population doit être instruite afin qu’elle redonne confiance en la justice.

Dysfonctionnement du système judiciaire, cause de «  la justice populaire » ?

Mais pour Maitre Gautier MISONA, président de la société civile de Goma, l’inefficacité des institutions judicaires et la police explique les cas de justice populaire. « La population de Goma est vraiment déçu de la manière dont la justice et la police gèrent les dossiers des présumés voleurs à mains armés ou les cas d’assassinats dans la ville de Goma. Nous avons connu des cas où un voleur à main armé est arrêté, avec toutes les preuves possibles, transféré à la prison Munzenze, mais relâché quelques temps après ».

Il ajoute que c’est le dysfonctionnement du système judiciaire qui est la cause principale de la justice populaire. Les dossiers de cas de vols et d’assassinats ne sont pas suivis et les enquêtes sur ces dossiers tardent à être exécuté. Sans pour autant encourager la population à se rendre justice, il admet que la population se trouve souvent dans l’obligation de se rendre justice lorsqu’elle sait qu’elle ne peut rien attendre des institutions judiciaires congolaises et de la police.

« Afin de décourager la population à se rendre justice, il faut que le système judiciaire rassure la population de son bon fonctionnement, que toute personne qui sera arrêtée soit jugée selon les lois du pays. L’organisation des procès publics peut aussi décourager la criminalité et amener la population à redonner confiance aux cours et tribunaux. », Dit le président de la société civile de Goma, proposant des pistes de solution.

L’assemblée provinciale propose des pistes de solution

Au cours d’une conférence de presse donnée par l’Assemblée provinciale le 1er juillet 2014, le député Jules Akizumwami a tenu à appeler le gouvernement à prendre ses responsabilités. Pour lui, la population ne se rendrait pas justice si sa sécurité était assurée. Tout en invitant les habitants de Goma à dénoncer tout cas d’insécurité, il a appelé les autorités compétentes à l’organisation des patrouilles mixtes police-population, de couvre-feu dans les quartiers à haute criminalité, la prise en charge ainsi que le contrôle de l’effectif de la police.

Il va sans dire que le travail à abattre pour éradiquer la justice populaire passe par la sécurisation de la population, ainsi que le bon fonctionnement du système judiciaire congolais et de la police.

Lucie Bindu

 

 

 

 

 

 

 

 

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